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    Le commissaire Henry dévisage longuement l'homme qui vient d'entrer dans son bureau. C'est un gaillard immense qui dégage une impression de force colossales. dans son regard gris d'acier, beaucoup d'énergie mais pas d'arrogance. Le roi de l'évasion est un homme calme, qui s'exprime sans difficulté. Son maintien est aisé. de l'air le plus naturel du monde, il annonce sans détour au commissaire stupéfait : 

    " Je suis venu vous offrir mes services "

    Et sans lui laissé le temps d'avancer une objection, Vidocq lui expose son plan, des théories pour démasquer en un temps record tous les criminels de France.

    " La police, dit-il, est toujours répressive, jamais préventive. Elle n'offre donc pour les honnêtes gens qu'une efficacité relative. Alors que si vous m'en donniez les moyens, avec l'aide de quelques hommes avertis, je pourrais, grâce aux renseignements dont je dispose sur le monde de la pègre, mettre bon nombre de malfaiteurs hors d'état de nuire avant même qu'ils n'aient commis leurs forfaits. "

    Subjuguer mais séduit, le commissaire Henry pose enfin la question qu'il attend : " Si je comprend bien, c'est à vous même que vous songez pour creer une telle police ? " La réponse de Vidocq est directe " Oui Monsieur, je m'en sens parfaitement capable "

    Il n'y a pas l'ombre d'une forfanterie dans ses propos. M. Henry jette sur le bagnard un dernier regard aigu et investigateur . Tant d'assurance ne peut être feinte. Le commissaire avance quelques objection. Pour la forme, car il a déjà son opinion. Vidocq a un argument pour chacune. Un sourire, peut être le premier sourire de sa vie, éclaire sa face lorsqu'il entend le commissaire passer sans transition à l'aspect pratique de l'opération. Pour ne pas attirer les représailles immédiates du " milieu ", il faudra déguiser la liberté de Vidocq en évasion. Seul le commissaire et le préfet seront au courant de la vérité. Sur le chemin du retour vers la prison, le bagnard, redevenu honnête homme,  n'a aucune difficulté pour assommer ses gardiens et prendre le large. Mais pour cette évasion là, il ne sera jamais poursuivi. L'homme le plus persécuté de France va devenir le plus crains et le plus respecté de France. Bientôt, il s'appelera "Monsieur Vidocq ". Et puis, le "Commissaire Vidocq"

     


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    Il naquit par une nuit d'apocalypse. Un destin aussi exceptionnel que le sien ne pouvait s'annoncer qu'avec la complicité du ciel et de l'enfer. La nature entière semblait se déchaîner contre les fenêtres. Le petit François-Eugène Vidocq venait au monde salué par les fracas du tonnerre.  

    Le grand suspense d'une existence tumultueuse, si pleine de drames et de rebondissement, vient de commencer. Des femmes se signent dans la pénombre avec des gestes superstitieux. Pressentent-elles que cet enfant bousculera leur tranquillité et trainera derrière lui tant de larmes, de frissons et de grincement de dents.

    Le petit François va grandir et se développer trois fois plus vite que les enfants de son âge. Le père Vidocq est boulanger. Il a du retirer de l'école ce garnement qui, à coup de poing et de pied, s'y est taillé une réputation de véritable terreur.
    C'est que le garçon a des muscles impressionnant et une taille déjà très supérieur à la moyenne. Blond, des yeux gris bleu, il ne manque pas de charme ni de prestance, il déserte le fourneau pour fréquenter les salles d'armes. Bientôt l'épée et le fleuret n'ont plus de secret pour lui. Déjà il se rend dans les cabarets et boit comme un homme en compagnie de soudards et de filles légères. Il se bagarre pour un rien. Les duels, il les collectionnes avec désinvolture. N'est-il pas invincible ? Déjà, toutes les femmes sont folles de lui et les hommes le craignent.
     

    François a très vite comprit l'importance de l'argent. Il puise allègrement dans la caisse de la boulangerie paternelle. Mme Vidocq cache la clé. Ce n'est pas assez pour arrêter un garçon aussi doué que le futur " Monsieur Vidocq " , le prince des aventuriers français : une empreinte de la serrure, une fausse clé et le tour est joué. 

    Ce premier larcin lui permet de vivre une dolce vita de 48 heures. Dix jours de cachots seront le prix de cette incartade, qui les valait bien. Les parents l'attendent  la porte de la prison, prêt à pardonner, mais le jeune François ne promet rien. Il ne veut pas d''une existence sage, paisible, monotone.
    Le sourire énigmatique aux lèvres, il écoute paisiblement les remontrances de son père, la tête tournée vers l'horizon.

    Cette fois, c'est pus sérieux, Vidocq a volé plusieurs milliers de francs dans la caisse familiale . Et il a prit la fuite sans intention de retour

    Avant d'avoir 15 ans, il aura fait tous les métiers : mousse, saltimbanque, balayeur de cirque, montreur de marionnettes, charlatan. Un jour, il passe la porte de la boulangerie et tombe à genoux devant ses parents. Est-ce le retour définitif de l'enfant prodige ?

    Une passion bouillonne en lui : l'aventure. Un soir il annonce à ses parents qu'il veut être soldat. Il s'engage. Héroïsme et duels font partie de son quotidien. Rien ne l'arrête.  

    Vidocq fêtera ses 20 ans en prison. Il a corrigé un peu trop sévèrement un rival.
    Il n'a pas encore appris à mesurer sa force herculéenne. La prison de Lille est supportable. Il peut même recevoir sa maîtresse dans sa cellule. La liberté relative dont il jouit lui permet de fournir à d'autres détenus des documents falsifiés, qui doivent servir à la libération de l'un d'entre eux. L'affaire est grave. Menacé d'une sanction terrible, Vidocq ne songe qu'à s'enfuir. Sa maîtresse lui apportera pièce par pièce le vêtement qui doit lui permettre de s'échapper. et c'est déguisé en inspecteur en chef des prisons que le détenu se fait ouvrir la grande porte et prend la clé des champs.

    Cette fois, il est fiché comme malfaiteur dangereux. Toutes les polices de France sont à ses trousses. Quelques jours plus tard, une escouade de gendarmes se présente à son refuge. Vidocq, se faisant passer pour quelqu'un d'autre, s'éclipse un instant et boucle les pandores à double tour dans sa chambre. Un policier l'appréhende alors qu'il circule en ville en plein jour. Vidocq lui jette une poignée de cendres au visage et s'encourt. Pas pour longtemps. On sait où le trouver. Le soir même, il est arrête dans le lit de sa belle. Conduit chez le juge d'instruction, il profite d'un moment inattention de ses gardiens pour s'emparer d'un uniforme de gendarme dans un vestiaire, empoigne un autre détenu par les menottes et regagne la rue en profitant de la confusion.  

    Repris, il a droit aux chaines. Il les brises grâce à un flacon d'acide nitrique qu'une amie lui a fait parvenir. Cachot, évasion, cachot, évasion. La ronde infernale a commencé.

    Dans toutes les prison du Nord, le prestige de Vidocq grandit aux yeux des mauvais garçons. Mais Vidocq, ce grand amoureux de la liberté, ne cherche pas l'admiration à ce prix. Il sait que du côté des honnêtes gens, du côté de la justice, il a ruiné sa réputation. Derrière lui, il laisse les larmes d'une mère, la détresse d'un père et beaucoup de honte. La société se débarrasse de lui. Toutes les portes se ferment à son nez. La prison, le cachot, le bagne seront pendant des années son seul décor. Quelle est donc cette fatalité qui le pousse  et s'attache à chacun de ses gestes ? Il se sent glisser vers une pente sans fin. sans doute vas-t-il devenir le roi de l'évasion, le champion du déguisement, l'idole de la pègre ; mais son habileté même à se tirer de tous les mauvais pas se retournera contre lui : ne faut-il pas être un criminel diabolique et endurci pour mystifier ainsi toute les autorités ?

    Mais qui peut savoir à ce moment ce qui se cache de regret, de révolte, de misère et de désespoir sous la rude écorce de Vidocq le bagnard. L'homme le plus traqué de France, l'ennemi public numéro un ?

    Sa dernière mèche de cheveux est tombée sous la tondeuse. Il a revêtu l'uniforme abhorré des forçats : veste et pantalons à rayures, chaînes aux poings, chaînes aux pieds. 

    François Vidocq ne sait pas au juste de quoi il est accusé. Il sait seulement que des forces obscures se liguent contre lui pour tenter de le détruire. Cette fois, le verdict est terrible ; huit ans de bagne. " Je n'y resterai que huit jours ", se jure-t-il quand les grilles du pénitencier de Brest se referment sur lui.

    Moins d'une semaine plus tard, le canon tonnait pour annoncer sa fuite à toute la région. L'évasion de Vidocq est un nouveau chef-d'oeuvre d'audace et de sang-froid. Déguisé en loup de mer, il a franchi tous les barrages la pipe au bec.

    Arrêté le lendemain par les gendarmes, il se fait passer pour quelqu'un d'autre : un truc qui lui a déjà souvent réussi. Il se dit déserteur, se donne l'identité d'un matelot qu'il sait être mort aux îles et que sa famille recherche. Un tatouage qu'un compagnon de cellule lui a gravé à la hâte sur l'avant-bras rend la confusion possible, et Vidocq réussira même le tour de force de se faire reconnaître par les parents du disparu.

    La prison maritime lui semble douce à côté du bagne, mais il est décidément allergique aux barreaux. Il a tôt fait d'attendrir la jeune religieuse qui vient visiter les prisonniers à l'infirmerie. et c'est déguisé en bonne sœur qu'il prend une nouvelle fois la fuite. Cet accoutrement ecclésiastique l'expose à bien des situations cocasses et embarrassantes aussi.  Un curé l'invite avec insistance à rejoindre sa paroisse. des militaires en goguettes en veulent à sa vertu. Il devra rapidement changer de vêtement.

    On le retrouve toucheur de boeuf, marchand forain. mais tous les débouchés honnêtes lui sont rapidement fermés. On lui pose trop de questions. Il devient contrebandier, puis corsaire. Il n'a plus de nom, plus de papier. Il vit dans la terreur d'une rencontre, d'une dénonciation. Victime d'une rafle dans un port belge, il essaie encore de se donner une fausse identité. Les autorités, sceptiques, décident de le confronter avec sa mère. La vieille dame est en deuil. Son mari vient de mourir. Vidocq, qui ne l'a plus vue depuis une éternité, brûle de lui poser un flot de questions. Pourtant, sous le regard scrutateur des policiers, la mère et le fils se comporteront en parfaits étrangers. Ils feindront, jusqu'au bout de ce supplice, de ne pas se reconnaître. Il faudra la torture pour faire avouer sa supercherie à Vidocq et le renvoyer au bagne, à Toulon. Cette fois, avec la double chaîne des criminels hors série.

    Il emploiera des mois et des semaines à dissiper l'atmosphère de méfiance et la surveillance inlassable dont il fait l'objet. une première tentative d'évasion échoie ; il avait volé la perruque et les habits du chirurgien en chef de l’hôpital du pénitencier, mais le stratagème est découvert à la dernière minute. Quelques mois plus tard, il réussi à se faufiler à bord d'une embarcation dans la rade. Il se mêle aux matelots. Arrivé à terre, il accoste une fille de joie, joue les amoureux ! Pour quitter l'enceinte de la ville fortifiée, il se dissimule au sein d'un cortège qui suit un providentiel enterrement. Il est libre.

    Mais jamais pour longtemps. D'anciens détenus ont rapidement retrouvé sa trace. Ils se disputent ses services, le font chanter. on lui refuse le droit de vivre en honnête homme. Entre la vengeance de la pègre et la patiente obstination de la police, Vidocq ne sait plus à quel saint se vouer. Il n'est plus un coin de France où il se sente en sécurité, où il puisse prendre ce nouveau départ dont il a si souvent rêvé au cours de ses derniers mois de captivité. A une ou deux reprise, pourtant, il s'imaginera qu'un nouveau  chapitre de sa vie a commencé. Il a pu se procurer de faux papiers au nom de Bondel. Avec l'aide d'une petite mercière qu'il a facilement séduite, il a monté un commerce que son génie inventif ne tarde pas à rendre prospère. Mais les infidélités de sa compagne l'obligent bientôt à fermer boutique. Fini le beau rêve, cette illusion de confort et de tranquillité. Il erre sur les champs de foire à la recherche de n'importe quel emploi. Mais des femmes, qu'il a aimées jadis, le reconnaissent et le dénoncent pour se venger d'anciens griefs. Ramené en prison, il ne sait pas que son dossier a attiré l'attention des instances supérieures de la justice. La condamnation de Vidocq à huit ans de travaux forcés remonte à dix ans déjà. Ses évasions successives, rocambolesques, ont fini, sinon par émouvoir, du moins par intriguer les autorités. Quelques témoignages sur lesquels reposait la condamnation du bagnard ont paru fragiles, d'autres franchement suspects. Dans sa cellules, on laisse entendre à Vidocq qu'un recours en grâce pourrait être examiné favorablement. Mais le cours de la justice est lent et sinueux. Et Vidocq, qui vient de fêter ses trente ans, tout comme ses vingt ans de cellume, commence à s'impatienter.

    La fenêtre des toilettes donne sur une rivière. un soir, n'y tenant plus, il plonge dans les eaux glaciales et se sauve à la nage. Cette dernière escapade indispose les autorités. N'est-il point là le geste révélateur d'un incorrigible malfaiteur ? Une chasse à l'homme sans précédant est organisée. Mais François, qui se terre au cœur même de Paris, vient de rencontrer la femme de sa vie, qui sera aussi sa plus fidèle complice : la belle Annette.

    Auprès d'elle, il se cache sous les traits d'un bourgeois cossu. Elle lui a confié la gérance d'un commerce de textiles ; et Vidocq, qui a décidément le sens des affaires, devient riche en quelques mois. C'est une erreur. La pègre, mieux renseignée que la police a vite fait de rendre son vrai nom au prospère M. Blondel. Et c'est à nouveau le cycle infernal : chantage, menaces. En quelques semaines, Vidocq aux abois, est ruiné. Il doit reprendre la fuite. Il a cependant pris goût au commerce et tente de monter en province des spectacles de fêtes foraines.

    Un beu matin, sur la route de Lyon, il se voit soudain encerclé par une demi-douzaine de bandits de grand chemin, qui le dévisagent d'un air peu engageant. Vidocq comprend bientôt que l'on a volé pendant la nuit la bourse du chef de la bande et qu'on le soupçonne. Six pistolets sont pointés sur lui. Vidocq ne perd pas son sang froid et sollicite, avant de mourir quelques mots d'entretien en aparté avec le chef des pirates. Celui-ci ayant accepté, le bagnard lui propose ce stratagème : faire tirer au sort par chacun des bandits une paille. Celui qui aurait la paille la plus longue serait désigné comme étant le voleur. Bien entendu, toutes les pailles qui sont présentées aux malandrins sont de même longueur. Pourtant, quant vient la minute de vérité, l'un des hommes montre une paille raccourcie et se trahit du même coup. La bourse du chef est retrouvée dans ses bagages. Émerveillé, le capitaine des pirates propose à Vidocq de devenir son lieutenant. Ce dernier a quelque mal a décliner l'invitation. Personne ne veut donc comprendre sa vocation d'honnête homme ? Il se sauve. Pour retomber un peu plus loin dans un autre guet-apens : la police, cette fois, qui agit sur dénonciation.

    Vidocq plonge du haut d'un pont dans les eaux noires du Rhône. On le poursuit sur l'autre rive. La chasse à l'homme dure toute la nuit. Un peu avant l'aube, Vidocq transi, frigorifié, est arrêté sur un toit, caché dans une cheminée. C'est un homme résigné, fataliste qui se laisse passer les menottes.

    Pourtant, en cette nuit de 1809 qui précede son inévitable retour au bagne de Toulon, François Vidocq prend une décision capitale. Il sollicite de la façon la plus pressante une entrevue immédiate avec le commissaire qui dirige la deuxième division de la préfecture de police de Paris. Les autorités de la prison de Bicêtre, où il a été incarcéré en attendant son transfert, se laissent attendrir par les accents de sincérité du bagnard et obtiennent pour lui l'entrevue demandée... 

     

     

       

     

     


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    La grande peur de 1910

    Pendant deux mille ans, les comètes ont suscité des réactions de peur, de panique, en Occident. Les Chinois, les Japonais et les Coréens, pour leur part, établissaient des liens entre le déplacement de ces astres et le pouvoir de leurs gouvernants mais le peuple ne s'y interessait guère. Notons également que c'est sous l'influence des religions proche-orientales que l'astrologie s'est implantée vers le troisième siècle avant notre ère, dans les pays méditéranéens. Avant cette époque, en effet, les Grecs, les premiers imprégnés par l'esprit scientifique, considéraient les comètes comme de simples phénomènes naturels.

    Durant tout le Moyen Age, l'apparition d'astres chevelus, souvent décrits de manière extravagante, annonçait la guerre, la mort du souverain ou des épidémies de peste.

    La grande peur de 1910

     En ce qui concerne la comète de Halley, notons que le passage de 451 coïncida avec la défaite d'Attila par Aetius et que celui de 1066 précéda de peu la conquête de l'Angleterre par Guillaume, duc de Normandie.

    Pendant les temps modernes, cette peur ne s'estompa que graduellement, même après le XVIIIè siècle, lorsque les astronomes découvrirent que ces objets figuraient parmi les plus modestes - leur diamètre est évalué à une dizaine de km - du système solaire et que leur approche vers le Soleil ne pouvait en aucune manière influencer le cours des innombrables évènements se déroulant sur notre planète.

    La grande peur de 1910

    Et pourtant en 1910, alors que la physique moderne était en plein essor, une certaine inquiétude renaît. Car, d'après les calculs des astronomes, la trajectoire de la comète de Halley, serait telle que la Terre devait traverser la queue vers le 15 mai.
    Or l'immense appendice cométaire contient diverses substances gazeuses, dont du cyanogène, considéré comme dangereux pour les êtres vivants.

    Quelques scientifiques émirent l'hypothèse qu'une contamination de l'atmosphère terrestre pourrait entraîner quelques modifications de l'environnement. Cette simple suggestion suffit à faire naître des sentiments de crainte et même d'effroi.
    Les experts eurent beau démontrer que la densité régnant au sein des queues était des milliards de fois plus faible que celle de notre planète au sol et qu'elle était comparable au vide dans lequel évoluent aujourd'hui les satellites artificiels, le mot
    " fin du monde " vint à la bouche des plus ignorants.

    La grande peur de 1910

    L'obsession d'une possible contamination de l'air par le cyanogène devint telle que les marchands de masques à gaz firent fortune des deux côtés de l'Atlantique ; des pilules ou des potions " anti-comète " se vendirent comme des petits pains.

    En France, en Italie, en Allemagne, des " fête de la comète " sont organisées un peu partout. A Cologne, une décision de police permet aux établissements de rester ouverts, toutes la nuit du 18 au 19 mai, à la date présumée du passage à travers la queue.

    En Autriche, instituteurs et prêtres sont appellés à apaiser les craintes exprimées par les paysans les plus crédules.

    La grande peur de 1910

    Dans un article publié dans le remarquable numéro de la revue belge
    " Ciel et Terre " tout entier consacré aux " comètes et à la comète de Halley ",
    M. H. Dupuis, rédacteur en chef de " Liège Université " retient quelques extraits de presse démontrant que dans notre pays, l'évènement fut vécu le plus souvent avec bonne humeur.

    " A la Louvière, lisait-on dans la gazette de Liège ", un individu qui avait revétu des vêtements de femme se promenait au milieu du pavé, tenant d'une main un sac, de l'autre deux tubes de fer blanc qu'il dirigeait vers le ciel en guise de lunette. Il criait à tout les échos : " Je suis la comète ! ". Deux agents de police conduisirent
    l' " astre chevelu" au poste de police. L'annonce de la fin du monde et de nombreux verres d'alcool lui avaient fait perdre la tête. "

    La grande peur de 1910

    A liège, la Cité ardente, l'angouement est extraordinaire comme le décrit
    " La Meuse " : " Dans tous les milieux, on ne parle que de la comète et on se promet, cette nuit, de se mobiliser : père, mère et enfant ! On escaladera les hauteurs de Cointe ou l'on ira jusqu'au parc de la Citadelle. Les opticiens ont dû faire fortune car tous les contribuables, intrigués par les allures vagabondes de la comète, se sont munis de jumelles. On nous assure que le stck de lentilles d'Iéna est complètement épuisé. "

    Mais la déception fut grande car la pluie et l'orage gâchèrent la nuit tant attendue et plusieurs jours s'écoulèrent avant que le ciel ne se dégage et que l'astre, peu lumineux, ne se manifeste. Comme l'écrivait " La Meuse " :

    " Seuls quelques noctambuls intrépides auront rendu grâce à l'astre fugitif
    et " lalitant " qui, une fois n'est pas coutume, leur aura servi à justifier une veille prolongée et de nombreuses libations. "

    La grande peur de 1910

    A ce propos, citons cette mésaventure relatée par la revue " Gil Blas ", et plaisamment narrée par M. Dupuis :

    "Madame attend impatiemment monsieur. Enfin vers 3 h du matin, il rentre et réveille malheureusement sa femme qui lui demande aigrement d'où il vient.
    " Moi ? Mais je te l'avais dit : voir la comète à l'Observatoire. "
    " Tu l'as vue ? " Lui, pensant à la danseuse qu'il vient de quitter :
    " C'était un astre flamboyant, avec une longue queue, des aigrelettes lumineuses. Superbe ! " Et sa femme de lui pardonner. Hélas ! Le lendemain tout se gâte à la lecture des journeaux qui annoncent tous, en première page, qu'il a été impossible de voir quoi que ce soit ! Et madame de décider que, à partir de ce moment, Monsieur ne sortirait plus seul. Et lui de grommeler : " Maudite comète ! Et dire que j'en ai pour 75 ans avant de pouvoir découcher ! "

    La grande peur de 1910

    Ajoutons en guise de conclusion que finalement, la Terre " manqua " la queue de la comète de Halley de quelques 400 000 km mais il s'est avéré que, quelques siècles plus tôt, notre planète traversa sans encombre la masse gazeuse d'une autre comète.

    Extrait d'un article écrit par Guy Devos dans le journal "La Meuse " le 11 décembre 1985 

      


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